Blog de la section socialiste de Clamart

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Le dilemme de l’opposition de gauche – par Ph.W

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Après le discours de politique générale d’Edouard Philippe, le PS et ses alliés (le groupe « Nouvelle Gauche ») ont fait connaître qu’ils ne voteraient pas la confiance au Gouvernement. Pouvaient-ils, devaient-ils faire autrement ?
Edouard Philippe s’affirme depuis le début de l’aventure « macronienne » qu’il a rejointe comme un homme « de droite ». Son discours confirme la sincérité de cette affirmation. Même si on trouve ça et là des préoccupations de protection sociale (il arrive bien sûr qu’il y en ait à droite), elles ne déterminent pas l’axe central.
L’axe central, le Premier ministre l’a défini clairement : c’est la réduction des déficits. Il s’est exprimé en termes forts, voire brutaux, parlant d’une « addiction aux déficits » dont la France avait le devoir de se désintoxiquer.
Le PS n’est pas contre la réduction de déficits publics, mais il n’en fait absolument pas sa priorité.
Pour le reste, les réserves du PS ne portent pas tant sur les thèmes abordés, ni sur le détail des décisions, détail qu’on ne connait pas du tout encore), mais souvent sur la méthode : trop d’improvisation, trop de précipitation, pas assez de réflexion, et quelques entorses à la vie démocratique. L’exemple qui vient à l’esprit en premier est celui des ordonnances utilisées pour modifier le code du travail, mais on pourrait citer aussi l’abandon du passage à 4 jours et demi de présence hebdomadaire dans le domaine scolaire : au nom de quoi refuser de faire le bilan de cette réforme avant une telle décision ? Même chez les anciens amis de M. Philippe, beaucoup d’élus locaux renâclent devant ce qui ressemble à de la désinvolture un peu brutale.
Si on cherche des mesures « de droite » dans le programme du Gouvernement, on peut en trouver au moins une : le retour à un « prélèvement libératoire » à un taux uniforme (30%) pour les revenus du patrimoine financier, au lieu que ces revenus soient simplement intégrés au revenu imposable. Il saute aux yeux que cette mesure ne profitera exclusivement qu’aux personnes dotées de revenus élevés, et qui payent l’IRPP (impôt sur le revenu des personnes physiques ) au taux maximum. N’importe quel citoyen soucieux d’équité ne peut qu’être choqué.

Donc les réserves du groupe Nouvelle Gauche ont des justifications solides. Mais alors où est le dilemme signalé dans le titre ?
Il apparaît lorsqu’on se demande si le paysage dessiné par Edouard Philippe (paysage qu’il place lui-même carrément à droite, sous le patronage d’Alain Juppé !), est à prendre au pied de la lettre. Les mesures annoncées, les priorités définies, correspondent-elles en tant que telles à ce que souhaite E. Macron, ou bien sont-elles au service d’un objectif qui leur donne une signification différente ?
La réponse possible voire probable tient en un seul mot : l’Europe.
Malgré les difficultés récentes, la grande majorité des Français reste attachée à la construction européenne ; et cela d’autant plus que dans la plupart des domaines on ne peut guère avancer si on en reste à l’échelle du pays. La réussite d’Emmanuel Macron dépendra de façon décisive de sa capacité à faire changer les politiques économiques et sociales en Europe.
Du fait de son poids démographique, économique et de sa position géographique, l’Allemagne joue un rôle dominant au sein de l’Union européenne. Mais le rapport de force en sa faveur n’est pas aussi déséquilibré que cela. Ainsi, le Brexit a beaucoup affaibli la position des conservateurs allemands, qui avaient pris l’habitude ces dernières années de s’appuyer sur leurs collègues britanniques pour bloquer les progrès en matière d’harmonisation sociale ou fiscale au sein de l’Union.
Emmanuel Macron a donc des cartes à jouer vis-à-vis des dirigeants allemands s’il fait avancer un agenda de réformes de la zone euro tourné vers le soutien à l’activité et une solidarité accrue.
Mais tout montre que, pour convaincre les Allemands de changer l’Europe, il faut absolument commencer par faire ce qu’ils nous demandent : principalement des « réformes » du type de celles menées en son temps par Gerhard Schröder, en libéralisant le marché du travail, et un retour à l’orthodoxie financière.

Ainsi, le refus de voter la confiance, et le positionnement dans l’opposition du groupe « Nouvelle Gauche » sont incontestablement justifiés. Dans le même temps, il est important que les parlementaires aient conscience des éclairages ci-dessus.
En politique, tant la majorité que les oppositions ne font vivre l’Etat démocratique qu’en avançant d’un compromis au suivant. Quels compromis sont indispensables pour amener nos amis d’outre-Rhin à enclencher une dynamique franco-allemande engagée vers une harmonisation fiscale et sociale de la zone euro ? Question déterminante, qui va le rester au moins dans les deux années qui viennent. En fonction de quoi il reviendra à l’opposition de gauche de prendre ses responsabilités.

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